Avant d’y aller :
J’avais lu quelques mots ici et là sur Yulan : qu’il s’agissait d’une adresse chinoise récente au cœur de Lyon, avec des avis plutôt favorables et une cuisine qui tente de sortir des sentiers battus habituels des “restaurants chinois classiques”. Sur Google, le lieu flirte avec une très bonne note, bien au-dessus de la moyenne des restos du quartier ; sur TheFork, les retours soulignent un service attentive et des plats travaillés avec soin.
Alors, sans grande promesse mais avec une curiosité tranquille, c’est ce mélange d’attente discrète et d’envie d’être surpris qui m’a amené là-bas un soir de semaine.
L’arrivée :
La rue Confort, dans le 2e arrondissement, a cette énergie douce du centre-ville qui se met à respirer à mesure que le soir descend. On pousse la porte de Yulan sans tumulte : un coup d’œil vers l’intérieur, une lumière posée plutôt qu’aveuglante, et l’impression d’un espace où l’on pourrait prendre le temps — sans que cela ne paraisse pesant.
Ce qui frappe d’emblée n’est pas un décor “à sensation”, mais une certaine retenue, presque une invitation silencieuse à s’installer, à observer avant de juger.
L’expérience vécue :
Ce qui m’a marqué le plus, avant même que l’on parle des plats, c’est le tempo du service. On sent que l’équipe a mesuré la cadence : ni trop lente, ni trop pressante. Les serveurs passent, reviennent, anticipent sans intrusion. On est dans une gestuelle efficace, honnête, attentive — et ça se ressent.
Sur la table, tout paraît propre, soigné. Il n’y a pas ce petit flottement d’hygiène distrait que l’on retrouve parfois ailleurs ; l’ensemble donne une impression de propreté maîtrisée, presque rassurante.
Les plats arrivent dans un ordre simple, sans fanfare. Leur goût m’a paru nettement différent de ce que j’ai coutume d’attendre d’un restaurant chinois en France : il y a là une écriture de saveurs qui ne revendique pas l’exotisme facile ni la copie conforme des standards habituels. C’est une cuisine qui semble chercher un dialogue entre traditions et attentes locales, parfois avec délicatesse, parfois avec un léger écart qui surprend — sans jamais heurter.
Je n’ai pas exploré la cuisine ouverte ce jour-là, mais la vue de ce qui se passe derrière le comptoir me paraissait suffisamment claire pour me rassurer sur l’hygiène. L’idée de découvrir un peu plus l’arrière-scène lors d’une prochaine visite m’attire d’autant plus.
Le regard qui s’affine :
En marchant à travers les avis en ligne après mon passage, j’ai retrouvé cette impression d’un lieu qui, pour beaucoup, fonctionne bien dans la cohérence : service qui fait l’effort d’être à l’écoute, plats jugés frais et bien préparés, ambiance agréable où l’on ne se sent pas pressé.
Certains commentateurs notent cependant un glissement vers une cuisine plutôt fusion ou “inspirée par” que purement traditionnelle. C’est une critique intrigante parce qu’elle rejoint ce que j’ai ressenti moi-même : il y a un déplacement, presque une traduction, de la carte classique chinoise vers une version un peu différente, peut-être plus adaptée au lieu et au public — mais qui peut dérouter ceux qui attendent une authenticité stricte.
Ce qui reste :
Ce qui persiste après plusieurs heures, ce n’est ni un souvenir assis sur un cliché ni une étiquette toute faite. C’est cette sensation d’avoir été accueilli sans chichi, d’avoir été invité à goûter des plats avec curiosité plutôt qu’avec des attentes claires. Ce sont aussi des questions non tranchées : jusqu’où cette cuisine se rapproche-t-elle vraiment des styles que l’on connaît en Chine ? Et qu’y a-t-il derrière ce comptoir quand on pousse un peu plus loin l’exploration ?
On sort d’un lieu comme Yulan avec cette texture un peu étrange de l’impression nuancée : il y a eu quelque chose de juste dans le moment vécu, sans que tout soit parfaitement défini. Et c’est peut-être cela qui donne envie d’y retourner, pour voir si cette sensation se confirme, évolue, ou se transforme encore.



